CANNES YA MAKAN : « LE BLEU DU CAFTAN » QUITTE À BRODER L’AMOUR !

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CANNES YA MAKAN : « LE BLEU DU CAFTAN » QUITTE À BRODER L’AMOUR !

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De fil en aiguille, Maryam Touzani dresse un portrait plein d’humanité et de délicatesse d’un couple qui s’aime malgré la maladie, malgré l’identité non assumée. Malgré tout. Le Bleu du Caftan présenté dans la section « Un Certain Regard » est une œuvre qui tisse l’émotion à la caméra comme on tisserait un caftan traditionnel à la main. Bouleversant. Par Jihane Bougrine

Equipe du film « Le.Bleu du Caftan » @Christophe.Simon.AFP

Pour son deuxième long métrage et pour sa deuxième sélection à Cannes, Maryam Touzani choisit les traditions, la transmission, l’amour et la passion. Dans « Le Bleu du Caftan », la cinéaste marocaine puise dans la beauté et l’authenticité d’un vieux caftan de famille pour raconter le style, la grâce, la tristesse de voir un art ancestral disparaitre, la déchirure d’un amour interdit, d’un soi constamment caché. Dans cette deuxième œuvre, la cinéaste se révèle tout en continuant à braquer les projecteurs sur les minorités et les traditions qui se perd. Une Maryam Touzani nostalgique et passionnée qui pense sa narration tel un patron de caftan fait pour traverser le temps.

Le bleu de tes yeux

Halim et Mina sont unis par les liens sacrés du mariage sauf que Halim porte en lui un sacré secret. Halim est homosexuel. Malgré toute la tendresse et l’amour qu’il porte à sa compagne de vie, il vit ses moments de vérité dans un hammam, loin des yeux de la société. Quand Mina tombe malade, et que Youssef, un nouvel apprenti entre dans leur vie, le couple voit son équilibre chamboulé. La caméra de Maryam Touzani semble mue par un amour sincère de ses personnages, et une sensibilité bienveillante bienvenue. La réalisatrice puise dans la force et la passion d’acteurs qui crèvent l’écran. Saleh Bakri en couturier meurtri par la vie et l’enfance, qui a trouvé refuge dans un mariage de convenance qui l’apaise et le guérit malgré tout , est saisissant. Son mutisme en dit long, son corps parle pour lui, et ses gestes sont précis. Il campe brillamment un Halim d’une pureté rare même s’il se sent souillé, un artiste souvent incompris, un amoureux transit. L’acteur palestinien a fait un travail admirable sur la darija faisant tomber les barrières de la langue et nous laissant saisir par la magie du cinéma. L’exercice sera plus difficile pour Lubna Azebal mais son charisme, son jeu subtil et sa présence la sauvent. Un aura qu’elle offre à la caméra de la cinéaste marocaine, faisant de chacun de ses passages, un moment de grande sincérité et de grâce. Une grande actrice qui prouve encore une fois un autre visage et prouve qu’elle est multidimensionnelle. Le couple à l’écran fonctionne. Leur complicité à l’écran est d’une rare sincérité. La prestation du jeune Ayoub Missioui est à saluer. Touchant, sa présence est justesse et douceur. Un trio convaincant !

Equipe du film Le Bleu du Caftan

Sauver l’amour

La force du film réside dans une mise en scène certes classique mais efficace. Les personnages et leurs trop plein de sentiments, ou pas assez,  sont au cœur de l’intrigue et au corps de la caméra, souvent rapprochée, dans ce huis clos d’une médina dont on ne sort pas. Du magasin à la maison, sauf un moment dans un café d’hommes sera la seule respiration. Une scène forte sublimée par la suivante, celle  d’un contrôle de police dans les rues qui fera ressortir tout l’interdit imposé par soi avant d’être imposé par l’autre. Les moments forts du film font oublier les maladresses. L’histoire se tricote au fil des minutes, la tension émotionnelle se met en place comme on s’appliquerait sur une broderie qui nécessite du temps et de la patience. On ne perd jamais le fil et l’on est happé par le sensoriel. Le toucher du tissu, le goût des clémentines, la magnifique odeur des caftans , les couleurs des ornements, la musique des ruelles, la vapeur du hammam dont on se lasse pas tant les moments cachés sont exquis.  La grande force de ce film réside probablement dans le fait d’avoir réussi à mettre en avant les fêlures sans les rendre trop grossières, dans un grand-huit émotionnel maîtrisé de bout en bout , dont , même les lenteurs donnent une dimension sensitive au film. Une œuvre ouvertement bienveillante dont la fin courageuse conforte la magie du cinéma. Une œuvre libre dont le bleu est celui de la vérité, de la fraîcheur, et de la pureté.

Lubna Azabal Le Bleu du Caftan

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